Le trouble du spectre de l’autisme et la santé mentale

Nous sommes tous différents.  C’est un message que nous entendons souvent dans notre société d’aujourd’hui.  Nous voulons faire valoir et accepter les différences en chacun de nous, et avec raison! Recevoir un diagnostic qui nous différencie, ou qui différencie notre enfant peut tout de même être difficile.  Quelles implications auront ce diagnostic sur l’enfant, la famille, et la communauté?

Les personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) se distinguent par des différences sur le plan neurobiologique.  L’émotion vis-à-vis ce diagnostic et l’impact sur la famille, les réactions et perceptions parfois erronées de notre environnement immédiat et étendu peuvent être cause de stress.  Cependant, comme tout enfant, nous savons que cette même personne peut nous apporter la joie et une nouvelle perspective sur la vie, nous apprendre plus profondément l’empathie, la patience, et l’amour inconditionnel. 

 

Expliquer l’autisme

 

Il y a encore plein de choses que nous ne savons pas sur l’autisme.  Mais, nous savons que, selon le DSM-V, qui est la ressource la plus récente utilisée détaillant les critères pour un diagnostic de TSA, les défis se trouvent sous deux catégories, un trouble de la communication sociale, et en lien avec des comportements répétitifs et intérêts restreints.

Sous le groupe de trouble de la communication sociale, une personne ayant un diagnostic de TSA démontre ces trois sous-catégories: manque de réciprocité socio émotionnelle (p. ex., difficulté à initier et entretenir une conversation), difficulté dans la communication non verbale (p. ex., difficulté d’imiter ses pairs) et difficultés dans le maintien des relations (p. ex., rester sur un sujet pendant une discussion). 

Sous le groupe de comportements répétitifs et restreints, une personne ayant un diagnostic de TSA démontre deux ou plus de ces quatre sous-catégories: soient les stéréotypies (p. ex., mouvement répétitif), l'intolérance aux changements (p. ex., détresse extrême face à des petits changements), les intérêts spécifiques et envahissants (p. ex. attachement ou préoccupation à un objet), et l'hypo ou l'hyperactivité sensorielle, c'est-à-dire trop peu ou très sensible à des aspects sensoriels dans son environnement.  

Pourquoi c’est un spectre?

Le profil d’une personne qui a un diagnostic d’autisme peut vastement différencier d’une personne à l’autre, donc se situe sur un spectre qui représente des besoins très différenciés.  Le professionnel offrant le diagnostic sera redevable d’attribuer un niveau de sévérité sur le spectre du niveau 1 à 3.  Ce niveau nous donne une indication du niveau de soutien dont la personne pourrait avoir besoin pour atteindre leur niveau optimal d’autonomie et d’autodétermination.  Le niveau 1 est associé à une personne nécessitant un soutien, niveau 2 nécessitant un soutien important et niveau 3, nécessitant un soutien très important.

Le TSA et la santé mentale

 

Caractéristiques associées et la santé mentale

Il est important de savoir qu’en plus des obstacles liés au trouble du spectre de l’autisme, des difficultés connexes peuvent être présentes. Le bien-être des personnes ayant un TSA peut être complexifié par la présence de problèmes psychologiques. Selon l’Association américaine de psychologie (APA, 2013), les personnes présentant un diagnostic TSA sont plus susceptibles de développer autres troubles comorbides par comparaison à la population générale ou même parmi les personnes ayant d’autres types de difficultés de développement. Environ 40% des personnes ayant le TSA ont aussi au moins un trouble de santé mentale (APA, 2013). Toutefois, il peut être difficile de diagnostiquer ces troubles.

En regardant le diagramme, nous pouvons estimer que ces difficultés pourraient avoir un impact substantiel. 

Pourquoi est-il difficile de diagnostiquer un trouble de la santé mentale chez les enfants atteints de TSA?

 

  • Les signes caractéristiques du TSA et ceux des troubles mentaux se chevauchent, d’où la difficulté d’identifier certains défis liés à la santé mentale. Par exemple, les facteurs de stress quotidiens, comme la frustration liée à l’accomplissement d’une tâche, le changement dans la routine, le rejet des pairs, peuvent conduire aux comportements inattendus (p. ex., pousser, taper, s’enfuir, détruire des objets, se frapper la tête) qui déstabilisent autant la personne ayant un TSA que ceux qui l’entourent. Ces manifestations ne sont pas nécessairement les indicateurs d’un trouble de SM. Elles peuvent indiquer le stress vécu par la personne présentant le TSA.
  • Les profils très variés des personnes touchées par le TSA font en sorte que les symptômes d’un trouble de santé mentale peuvent être différents de ceux de la plupart des gens. Par exemple, l’anxiété peut ressembler à un comportement d’opposition.
  • Les défis liés à la communication qui sont caractéristiques au TSA peuvent rendre difficile l’expression des émotions.
  • Les personnes de leur entourage interprètent différemment les manifestations des symptômes. 
  • Les instruments d’évaluation des troubles mentaux chez les jeunes atteints de TSA sont limités.

Comment savoir quand parler d’un trouble de santé mentale chez les personnes atteintes de TSA?

Le développement d’une condition psychologique est indiqué par une augmentation dans l’intensité et la fréquence de certains comportements, la persistance (les comportements ne s’atténuent pas au fil du temps), et des changements significatifs qui sont au-dessus des symptômes du TSA. Par exemple, l’intensité, la fréquence et la durée des comportements agressifs, l’irritabilité, etc. pourraient être les signes d’un trouble anxieux ou de la dépression.

Afin de faire la différence entre les troubles de santé mentale et les signes caractéristiques au TSA, il est crucial de connaitre le profil spécifique d’une personne ayant le TSA afin de pouvoir identifier les changements dans les comportements de cette personne, et éventuellement les troubles de santé mentale. Quand ces défis liés à la santé mentale ne sont pas identifiés, les personnes atteintes par le TSA n’obtiennent pas les services nécessaires et ces manifestations sous-agents s’aggravent au fil du temps.

Les troubles les plus fréquents chez les personnes atteintes par le TSA

Selon les chercheurs, les troubles anxieux, la dépression, et le TDA-H sont les diagnostics les plus fréquents qui coexistent avec le trouble du spectre de l’autisme.

Les troubles anxieux

Les troubles anxieux touchent 30 % des personnes présentant un TSA (Simonoff et al., 2008). Les signes de l’anxiété observable chez un enfant ayant le TSA sont les suivants : des inquiétudes excessives par rapport aux évènements quotidiens, des préoccupations liées à ses capacités, perturbation du sommeil, des épisodes de panique, des maux physiques (mal au ventre, vomissement, mal à la tête) et des difficultés à se concentrer. 

On parle également d’anxiété sociale, quand les jeunes ont des difficultés dans le contexte social, comme rencontrer de nouvelles personnes ou se trouver dans des situations sociales inconnues.

Tandis que les signes d’anxiété peuvent se manifester chez toute personne présentant un TSA, l’anxiété devient un trouble quand elle affecte le fonctionnement de la personne sur les plans social, affectif, et scolaire/travail (APA, 2013).

La dépression

Selon certains chercheurs, la dépression touche 5 % des enfants (6-12 ans) qui présentent un TSA et 20 % des jeunes de 13 à 17 ans (Greenlee et al., 2016).

Les signes de dépression sont la tristesse (qui peut être masquée par l’irritabilité), un manque d’intérêt pour des activités qui, auparavant, leur faisaient plaisir, le retrait social, des crises de colère, des changements dans l’appétit, des modifications dans les habitudes de sommeil et une faible capacité de concentration. Lorsque les jeunes souffrent de dépression, certains signes de régression (ex., une perte de langage, perte de contact visuel) sont aussi observables. L’épuisement physique et mental dans l’absence d’un effort réel, le sentiment de dévalorisation et des pensées morbides sont des signes additionnels (APA, 2013).

Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H)

Plusieurs signes du TDA/H (p. ex., hyperactivité, inattention, comportements-défis) sont souvent identifiés dans le TSA. Certains symptômes du TDA/H sont semblables à ceux du TSA, d’où les difficultés de distinguer entre les deux. Par exemple, dans le TSA, un comportement explosif peut être une réaction à un changement imprévu. Dans le cas du TDA/H, ce comportement est le résultat de l’impulsivité.  Selon l’APA (2013), un diagnostic de TDAH est considéré quand l’hyperactivité et l’inattention excèdent ce qu’on voit typiquement chez les individus de même âge. 

 

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Comprendre l’autisme de manière simple 

Comprendre l’autisme

 

Bibliographie

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.). Washington, DC: APA.

Greenlee, J., Mosley, A., Shui, A., Veenstra-VanderWeele, J., & Gotham, K. (2016). Medical and behavioural correlates of depression history in children and adolescents with autism spectrum disorder. Pediatrics, 137, S105-S114.

Simnoff, E., Pickles, T., Chandler, S., Loucas, T., & Baird, G. (2008). Psychiatric disorders in children with autism spectrum disorders: Prevalence, comorbidity, and associated factors in a population-derived sample. Journal of the American Academy

 

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