Portrait d'une enseignante ressource En Enfance en Difficulté : Albana Uruci

Par Anaïs Latulippe

Albana Uruci, enseignante ressource EED à l’École élémentaire Félix-Leclerc de Toronto.

Albana Uruci, enseignante ressource en Enfance en Difficulté (EED) depuis 12 ans, nous parle de son parcours et de son métier qu’elle n’échangerait pour rien au monde. 

« C’est un plaisir pour moi de faire une différence dans la vie des enfants. Ces jeunes EED sont des élèves qui relèvent plus de défis que d’autres et qui ont besoin d’aide, de patience, d’être compris et d’empathie. Je pense avoir développé toutes ces compétences au cours des années, mais je continue à apprendre d’eux tous les jours. » Confirme Albana, enseignante ressource EED à l’École élémentaire Félix-Leclerc de Toronto.

Le parcours professionnel d’Albana débute dans sa ville natale à Tirana en Albanie. Elle y a fait ses études, du primaire au secondaire en français, ce qui lui permet d’obtenir en 1992 un diplôme universitaire en enseignement de langue française. En 1998, la guerre du Kosovo commence et elle s’inquiète que celle-ci s’étende dans son pays. La jeune mariée décide alors de postuler pour immigrer au Canada. Avec un espoir d’avenir meilleur, Albana emménage à Toronto où elle rejoint un couple d’amis albanais qui l’aident à s’installer. À la recherche d’un emploi préférablement en français, Albana commence son parcours au sein de Viamonde en septembre 1998.
 

Peux-tu nous résumer ton parcours à Viamonde?

J’ai fait mon entrée à Viamonde en tant que secrétaire d’école à temps partiel à l’École élémentaire Gabrielle-Roy de Toronto. Ce poste que j’ai occupé cinq mois m’a énormément appris sur le système scolaire franco-ontarien. La direction de l’école à l’époque, Mme Emond, a rapidement compris mon intérêt pour l’enseignement et m’a encouragé à postuler à un poste en salle de classe. J’ai alors eu la chance de terminer l’année scolaire en tant qu’aide-enseignante dans une classe de 2e année à l’École élémentaire Félix-Leclerc de Toronto. Mon mandat était d’accompagner l’enseignant et d’aider un élève autiste, ce qui m’a énormément motivé à poursuivre ma carrière d’enseignement. L’année suivante, j’ai poursuivi un second mandat d’aide-enseignante en maternelle jardin cette fois-ci. Puis en 2000, j’ai eu mon premier enfant et commencé ma formation d’enseignement pour le cycle élémentaire au Collège universitaire Glendon. J’ai évidemment décidé de suivre mes stages au Conseil scolaire Viamonde. Mon premier stage était en classe de 3e année à l’École élémentaire Horizon Jeunesse de Mississauga et le suivant en 6e année à l’École élémentaire Félix-Leclerc. À ce stade, j’étais fière d’avoir pu côtoyer presque tous les niveaux de l’élémentaire.

Mes premières expériences d’enseignante titulaire se sont faites à l’École élémentaire Mathieu-da-Costa de Toronto. En 2006, je tombe enceinte pour une seconde fois et décide de suivre un cours spécialisé en formation et cheminement de carrière (cours qui permet d’accéder à un poste de conseillère en orientation dans une école secondaire). Mais, cette même année, j’obtiens un poste d’enseignante en actualisation de la langue française (ALF) pour les enfants qui ont besoin d’aide avec leur français à l’École élémentaire Félix-Leclerc une fois de plus. À mon retour de congé de maternité, je continue en ALF et j’ai eu l’idée de suivre le cours spécialisé d’Enfance en difficulté. En 3 ans, tout en enseignant parallèlement, je complète les 3 parties de ma formation. En 2009, on m’offre un premier poste d’enseignante ressource EED. Et depuis, j’occupe ce merveilleux poste à Félix-Leclerc.

 

Qu’est-ce qu’une enseignante ressource EED ?

En tant qu’enseignante ressource EED, je ne suis pas responsable d’une classe en particulier, mais bien de tous les enfants ayant besoin d’une aide particulière pour réussir. Je me promène de classe en classe, de la maternelle à la 6e année pour appuyer ces jeunes dans leurs apprentissages.

Il y a deux groupes d’élèves EED, le premier englobe les élèves considérés à risque. Le second, les élèves à risques élevés ou en difficulté qui ont un Plan d’enseignement individualisé (PEI). Ce plan décrit par écrit le programme et les services à l’enfance en difficulté dont un élève a besoin. Le PEI est élaboré pour des élèves qui, suite à un rapport médicale, psychologique ou autres, ont reçu un diagnostic reconnu par le comité d'identification, de placement et de révision (comité qui reconnait le diagnostic officiel d’un élève et est constitué d’une direction d’école, d’une direction des Services aux élèves, un ou une enseignant(e) EED et un parent), mais aussi pour des élèves qui n'ont pas un diagnostic officiel.

Dans ces PEI, on retrouve les besoins et les forces de l'enfant, des adaptations sur le plan pédagogique, de l’environnement et de l’évaluation. De plus, un plan d’apprentissage est développé indiquant les buts et attentes de l’élève pour l’année en cours ainsi que les stratégies qui seront utilisés pour atteindre ces derniers. Par exemple, un enfant qui a un trouble du spectre autistique et qui présente de grands défis en communication orale aura évidemment comme but d’accroître ses compétences dans ce domaine. Un élève peut aussi avoir comme attente de s’améliorer en mathématiques s’il a de grands défis avec les concepts de base, par exemple pour les additions ou les calculs mentaux. D’autres enfants ont besoin d’aide avec la gestion de leurs comportements ou de leurs émotions. En tant qu’enseignante ressource, avec l’aide et la collaboration de l’équipe pédagogique de l’école, le titulaire de classe et moi sommes responsables d’aider ces enfants en commençant par mettre en pratique les attentes, les stratégies du PEI et ensuite les accompagner pour atteindre leurs objectifs ciblés.

En début d’année, les enseignant(e)s titulaires me présentent leur profil de classe et m’indiquent les élèves à risque et les élèves à grand risque. Les élèves à grand risque qui n’ont pas encore été évalués, mais qui ont un grand retard vont m’être recommandés pour amorcer le processus d’aide. Ce processus qui consiste à discuter en équipe-école des stratégies à mettre en place pour appuyer l’élève, est entamé une fois seulement que les stratégies universelles et à fort impact ont été implantés par l’enseignant avec tous les élèves de la classe. Au besoin, je peux faire demande de l’aide d’un(e) conseiller(e) pédagogique EED. Le processus d’aide est basé sur la collecte de données et de preuves d’apprentissage tant sur le plan académique que comportemental pour évaluer l’efficacité des stratégies à l’essai.  Si un enfant qui est déjà bien connu à l’école et qui a un PEI qui avait été établi l’année précédente, on revoit les adaptations et les stratégies qui fonctionnent pour lui selon son profil et on apporte des changements nécessaires à ses buts et attentes selon son rendement et ses progrès.

Le plan de suivis dans notre école fait en sorte que je rencontre les élèves par bloc de 40 minutes. Selon les profils et les niveaux, je les vois en séance individuelle ou en groupe (de 2 à 4 élèves maximum) et je fais des rotations 2 à 4 fois par semaine.
 

Comment est-ce que la pandémie de la COVID-19 affecte-elle votre travail ?

On a cassé la glace du virtuel en mars dernier, alors depuis je dirais que cela se passe bien ! Je continue à faire mon travail en présentiel lorsque possible, mais sinon on utilise des canaux privés et sécurisés par classe sur TEAMS. Il est évident que la pandémie a affecté les jeunes EED, mais ils se sont très bien adaptés. Les jeunes sont contents d’allumer leurs caméras quand je les rencontre. Pour maintenir leur attention, je coupe la période de 40 minutes en 3 parties. Par exemple, je vais commencer avec une activité de communication orale, puis de la lecture et je termine souvent avec une activité en mathématiques. C’est agréable de voir que les jeunes sont en fait très concentrés et intéressés par l’aspect virtuel de la séance. En présentiel, c’est sûr que le masque, la visière et la distanciation créent de nouveaux défis. Souvent les élèves sont distraits ou encore timides à cause de leurs difficultés, ainsi il faut souvent leur rappeler de parler plus fort, car on a désormais de nouvelles barrières qui se créent en communication. Par conséquent, on redouble de patience et de persévérance.

 

Qu’aimez-vous plus de votre métier et que conseillerez-vous aux enseignant(e)s qui aimeraient devenir enseignant(e) ressource EED ?

C’est un plaisir pour moi de faire une différence dans la vie de ces enfants. Je pense avoir développé toutes ces compétences au cours des ans, mais je continue à apprendre d’eux tous les jours.

D’ailleurs, voir le progrès que ces jeunes font, me rend très heureuse. Il faut savoir qu’il s’agit souvent d’un progrès pas à pas. Voir tous les efforts qu’ils font pour atteindre leurs objectifs me met les larmes aux yeux.

Tous les profils d’élèves sont très différents les uns des autres. Il y a toutes sortes de manifestations de difficultés et de retards alors j’apprends constamment de mes élèves. Et je fais mon possible pour les préparer pour le secondaire et les outiller pour la vie.  Je ne changerais mon travail pour rien au monde.

Pour être enseignant ressource EED, cela prend plusieurs qualités professionnelles et personnelles. Je conseillerais à mes collègues enseignants de faire au moins 3 à 5 ans en salle de classe pour essayer de connaitre le curriculum de tous les niveaux d’études. Il faut aussi bien sûr suivre le cours de spécialité de qualification additionnelle en enfance en difficulté. Et essayer de développer sa patience, sa flexibilité, son empathie et de bien savoir gérer les imprévues. Les journées en EED sont loin d’être fixes !

 

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