Le progrès de la situation professionnelle des femmes en sciences

Collaboration de Sofi Aubert-Tandon

NDLR : Sofi Aubert-Tandon est une élève de la douzième année à l'école Collège français de Toronto. Elle se passionne pour l'écriture, la science et l'avancement des droits des femmes. Dans le cadre de l'un de ses cours, elle a produit le texte suivant qui montre une perspective intéressante de la place des femmes en sciences, un domaine qui, malgré le progrès, semble interpeller encore toujours davantage les garçons que les filles. Voici son texte.  

 

une femme manipule des articles de laboratoire
Depuis toujours, les femmes ont grandement contribué aux découvertes scientifiques. Cependant, elles ont toujours été sous-représentées, particulièrement en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM).

Depuis toujours, les femmes ont grandement contribué aux découvertes scientifiques. Cependant, elles ont toujours été sous-représentées, particulièrement en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM). Même si plusieurs hypothèses ont été proposées à ce sujet et de nombreuses études ont été menées, il reste difficile d’évaluer l’effet et l’impact des inégalités au travail entre hommes et femmes dans le domaine des sciences. Est-ce que les femmes sont moins nombreuses dans les universités seulement ou si elles se restreignent dans leurs choix ou progression de carrière en sciences? Les défis à surmonter pour les femmes en sciences comprennent l’inclusion, l’équité, l’égalité et le respect parce qu’elles sont souvent traitées différemment des hommes.

De plus en plus de femmes en sciences

Durant les dernières années, il y a eu une augmentation importante du nombre de femmes en sciences. En 2016, les femmes représentaient environ 22% des Canadiens titulaires d’un baccalauréat en STIM âgées de 65 ans ou plus alors que ce pourcentage grimpe à 37% chez ceux âgés de 30 à 40 ans. L’augmentation récente du pourcentage des femmes en sciences indique un progrès de la situation. Des études ont démontré que dans certaines catégories scientifiques, le pourcentage d’étudiantes du premier cycle universitaire était très bas, par exemple en physique (22%), et plus haut en médecine (55%). En 2010, des statistiques démontrent que les femmes représentaient 44% des étudiants de première année (19 ans ou moins) dans les cours de STIM comparativement à 64% des élèves de première année qui étudiaient dans les domaines autres que les sciences.

Même une fois ayant obtenues leurs diplômes et entrées sur le marché du travail, des statistiques démontrent le peu de place occupée par les femmes dans les institutions académiques. En effet, plusieurs études suggèrent que beaucoup de femmes en STIM obtiennent un doctorat, mais que très peu d’entre elles occupent des postes de directions ou avec des responsabilités accrues, et ce, comparativement aux hommes.

Une éducation différente selon le genre

Déjà, à l’école primaire ou secondaire, lors de l’enseignement en sciences et dans les autres matières, la probabilité qu’une fille reçoive une éducation différente qu’un garçon a été démontrée : dans plusieurs cas, les garçons reçoivent plus d’explications ou de rétroactions que les filles.

Même si la situation s’améliore, les femmes font quand même face à des défis que la plupart des hommes n’affrontent pas. La différence la plus évidente est l’écart du salaire. En 2015, les femmes canadiennes qui graduaient avec un diplôme de baccalauréat en STIM gagnaient seulement 82% du salaire des hommes avec les mêmes qualifications.

En 2016, parmi les jeunes Canadiens (âgés de 25 à 34 ans) ayant un diplôme de baccalauréat en sciences, les hommes avaient presque deux fois plus de chance d’obtenir un poste en STIM que les femmes. Dans des situations familiales similaires et avec les mêmes qualifications, une femme est 13% moins probable de se faire employer qu’un homme. En 2008, avec les mêmes compétences et diplômes, une femme mariée ayant des enfants était 30% moins probable de se faire embaucher qu’un homme célibataire. Les causes d’un nombre inférieur de femmes que d’hommes dans les postes de directions cachent le fait que les femmes ayant des jeunes enfants quittent parfois les carrières en STIM pour des raisons personnelles et aussi face aux perceptions des femmes vis-à-vis des promotions. Par exemple, les femmes sont généralement plus réservées que les hommes au sujet de leurs qualités et de leurs qualifications, et souvent les femmes ne postulent pas pour les promotions auxquelles elles sont éligibles. En effet, ayant les mêmes qualités et diplômes, plusieurs femmes en sciences décident de ne pas demander des promotions soit à cause du milieu de travail antagonique, ou parce qu’elles ne se sentent pas assez qualifiées. Dans des circonstances similaires, les hommes se présentent pour de telles promotions, en se disant qu’ils sont qualifiés et qu’ils apprendront ce qu’ils ne savent pas déjà au cours de leur nouveau poste. La plupart du temps, les femmes attendent d’être surqualifiées pour demander une promotion.

Le plus grand obstacle pour les femmes qui se dirigent vers des carrières scientifiques plutôt académiques arrive plus tard, lorsqu’elles finissent leur troisième cycle d’université ou qu’elles essaient de trouver un stage postdoctoral ou leur premier poste au sein d’une faculté universitaire.

La citation suivante a été dite par une femme travaillant dans le domaine de l’environnement et de l’écologie et donne un aperçu d’une raison pour expliquer la diminution du nombre de femmes en position d’autorité. « Le plus grand obstacle pour les femmes qui se dirigent vers des carrières scientifiques plutôt académiques arrive plus tard, lorsqu’elles finissent leur troisième cycle d’université ou qu’elles essaient de trouver un stage postdoctoral ou leur premier poste au sein d’une faculté universitaire. Cela coïncide avec peut-être la fin de la vingtaine, début de la trentaine alors que beaucoup de femmes songent à fonder une famille et avoir des enfants et avoir plus de responsabilités. Généralement, c’est à ce moment qu’elles se découragent et qu’elles décident d’abandonner leurs carrières scientifiques. »

Faire carrière tout en devenant parent

Pour toute carrière, il est difficile d’atteindre et de maintenir un équilibre sain entre la vie personnelle et professionnelle. Ceci est encore plus compliqué chez les femmes venant d’avoir des enfants, car elles doivent prendre soin de leurs enfants tout en maintenant leur performance au travail. Très souvent, les demandes familiales (le soin des enfants ou des parents qui vieillissent) coïncident avec la période des transitions faites afin de devenir un professeur adjoint ou un professeur titulaire. Dans la plupart des cas, statistiquement parlant, c’est la femme qui est responsable des soins de la famille et donc les carrières des femmes sont plus souvent touchées.

Plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur le retour des femmes au travail après avoir eu des enfants, incluant le manque de sommeil souvent inévitable et un horaire encore plus chargé. « Avant d’avoir des enfants, les femmes pouvaient, comme moi, travailler plus de 60 heures par semaine. Une fois mère, il devient difficile d’effectuer autant d’heures au travail. Donc, c’est perçu comme si les femmes sont moins engagées et une personne qui est moins prête à travailler. En réalité, elles sont en train de faire face à un tas de choses différentes et elles sont quand même en train de donner le plus qu’elles peuvent en faisant le montant de travail qu’elles sont payées pour faire. Cependant, parce que les hommes ne sont pas aussi souvent dans les rôles primaires de gardes des enfants, il est plus facile pour eux de continuer à travailler durant de longues heures. »

Se battre pour prendre sa place

Malgré les efforts déjà réalisés et le progrès obtenu, la situation des femmes en sciences doit encore s’améliorer.

Dans plusieurs pays, les femmes doivent se battre pour se faire une place en STIM puisque leur culture ou leur religion s’oppose à l’idée que des femmes fassent carrière en sciences. Dans ces pays, elles doivent donc prouver leurs capacités davantage que les hommes pour être acceptées et respectées en tant que scientifiques. Apprendre à valoriser la diversité d’enseignantes et d’enseignants au Canada n’est pas toujours facile pour les enfants venant d’autres pays. Par exemple, à Toronto, une enseignante de sciences au niveau secondaire a eu un cas où un élève n’était pas aussi respectueux et ne faisait pas son travail, car il n’était pas habitué à avoir une femme comme enseignante de sciences. Dans le pays d’où venait cet élève, ce n’était pas commun d’avoir des femmes enseignantes de sciences et l’élève a dû apprendre à reconnaître la compétence des femmes dans ce domaine.

Pour conclure, malgré les efforts déjà réalisés et le progrès obtenu, la situation des femmes en sciences doit encore s’améliorer. Les femmes font face à plusieurs défis que les hommes n’affrontent pas. La discrimination des femmes au travail en sciences, que ce soit de manière évidente ou subtile, doit être éliminée. Les femmes scientifiques confrontent plusieurs expériences négatives qui les découragent et les poussent à quitter leur carrière en STIM. Généralement, les femmes doivent aller au-delà des compétences requises, et elles doivent prouver aux autres qu’elles sont capables d’être scientifiques pour se faire respecter en STIM. Ces efforts excessifs requis pour se faire reconnaître ne sont pas aussi fréquents pour les hommes. Au cours des dernières années, un large éventail de programmes a été créé pour encourager les jeunes filles à poursuivre des carrières scientifiques. Il y a plusieurs pistes à prendre pour rendre l’environnement de travail scientifique plus équitable et inclusif pour les femmes. Notre société doit maintenant se poser la question : sommes-nous prêts à entreprendre les changements importants permettant un milieu de travail scientifique équitable, productif, et valorisant pour tous?

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